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12 septembre 2022

Le droit de parole n'est pas monnayable

Logo Conseil de la culture de l'Abitibi-Témiscamingue
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Jocelyne Saucier

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Lettre ouverte à qui veut bien

J’habite à Rouyn-Noranda depuis très longtemps. J’ai vu cette ville aplatie sous l’autorité de Noranda Mines se lever plusieurs fois dans des luttes syndicales et environnementales pour exiger de meilleures conditions de travail et de vie. J’ai vu cette ville laide sortir de la garnotte et de la grisaille, je l’ai vue verdir, fleurir, j’ai vu apparaître le parc botanique À fleur d’eau, le parc Tremoy, j’ai vu naître et grandir des festivals culturels, j’ai vu au cœur de chacun d’entre nous une grande fierté d’appartenance à cette ville. Nous étions fiers de nos parcs, de nos rues piétonnes, de notre vitalité culturelle chantée un peu partout au Québec.

Notre fierté d’appartenance vient d’en prendre un sacré coup.

Nous apprenons que notre ville est contaminée au plomb, au cadmium et à l’arsenic au point où nous mourons de cancers de poumon et de maladies respiratoires plus qu’ailleurs.  Nous apprenons que cette situation était connue et tolérée depuis 40 ans par le gouvernement du Québec et bien évidemment par la multinationale multimilliardaire qui en est la cause.

Nous ne sommes pas fiers d’habiter dans la ville la plus polluée au pays.

Pour retrouver notre fierté collective, il faut se lever, réclamer, exiger que Glencore procède dans les plus brefs délais à la réduction des émissions d’arsenic à la norme québécoise, soit 3 ng/m3.

Plusieurs l’ont fait. Je pense notamment à l’UQAT, à la Chambre de commerce, à un groupe de cinquante médecins de Rouyn-Noranda.

Mais du côté culturel, silence, on n’a rien entendu jusqu’à maintenant.

Ce silence vient évidemment du système des commandites.

Il y a quelques décennies, Glencore a entrepris de redorer son image publique en distribuant ici et là des sommes d’argent sous forme de commandites, dons et subventions. Les festivals et organismes culturels en ont bénéficié. Ces rentrées d’argent font maintenant partie de leur structure de financement.

Je ne demanderai pas aux festivals et organismes culturels de renoncer aux commandites de Glencore comme l’a fait un groupe d’artistes dans une lettre publiée récemment dans Le Devoir.

Car cet argent leur est dû.

Il vient d’une multinationale multimilliardaire qui a hérité de Noranda Mines, une compagnie qui a bâti son empire à partir d’ici, de Rouyn-Noranda. Cet argent vient de la sueur de nos pères et grands-pères. Ce sont eux qui se sont enfoncés dans les galeries de la mine Noranda, ce sont eux qui ont construit la fonderie Horne. Certains y ont laissé leur santé, leurs poumons, leur vie.

Les festivals et organismes culturels ne doivent pas renoncer au financement qui leur vient de Glencore non plus qu’à leur droit de parole.

Le droit de parole est inaliénable dans notre libre société démocratique. On ne doit surtout pas le monnayer.

C’est par l’action citoyenne que nous retrouverons notre fierté collective.

Jocelyne Saucier

Citoyenne et écrivaine

Communiqué